Une question de genre

Publié par
|

En Guinée, le genre n'est abordé que dans le milieu intellectuel. Pourtant, au moins 60 % des femmes âgées aujourd'hui de plus de 50 ans n'ont pas été à l'école à cause de leur féminité. Et elles le regrettent, voyant l'exemple de celles qui ont eu la chance d'étudier.

Aujourd'hui, la grande majorité des petites filles vont à l'école. Là, elles sont confrontées à d'autres problèmes liés au genre. Des problèmes qui sont parfois débattus dans les médias. J'en étais là dans mes réflexions quand, au sortir d'une émission radio sur le genre, justement, j'ai rencontré une jeune femme assez incroyable. A peine installé au restaurant, je croise son regard. Elle a le teint très clair, la trentaine probablement. Elle est assise seule, dans un complet jupe, avec des mèches au dos, son sac posé sur la table, et dit s'appeler Penda. Je me présente et lui explique que j'étais avec des femmes pour parler de leurs problèmes. Et là, tout d'un coup, elle se confie: " J'ai grandi seule avec ma maman, illettrée, qui m'a tout de même mise à l'école…

Avant ma puberté, en 8e année, j'ai été violée par un cousin. Mes parents en ont fait une affaire de famille et ma maman m'a dit de pardonner. Peu après, toutes mes copines voyaient leurs règles mais pas moi. Je croyais que c’était à cause de ce viol. J'ai eu un autre problème lié à ma féminité. Mon oncle avait promis de nous amener au Canada, moi et un autre cousin. Mais il a d'abord amené ce cousin en me disant d'attendre parce que j'étais une fille et que, selon lui, je ne pouvais pas me débrouiller comme le garçon. Malheureusement, mon oncle est décédé. Et je ne suis jamais allé au Canada."

Au sein de ma propre famille, je n'ai pas été habitué à ce genre d'histoire. Nous sommes trois garçons et une fille, et chacun a été éduqué de la même manière. Ma petite sœur est mariée après avoir terminé l'université. Les choses semblent avoir un peu changé, au niveau des discriminations entre filles et garçon. Pour en avoir le cœur net, je décide d'aller à la rencontre de quelques jeunes gens de l'école primaire Kipé II, dans la commune de Ratoma. Après un éprouvant déplacement, j'arrive en vue du lycée. C'est un grand bâtiment décrépi, sans fenêtre mais bien entretenu. J'aborde un groupe de jeunes filles. Elles portent l'uniforme bleu et rouge et sont bien tressées. Dans un sourire, elles me racontent qu'elles ne sont pas confrontées à ces problèmes de genre.

À la maison, on leur confie les mêmes tâches que leurs frères. A l'école, la même chose. Un peu plus loin, j'avise un garçon de la 6e année. Il porte une tenue kaki, complet culotte. " Je ne balaye pas à la maison, ne lave pas les habits et ne prépare pas de repas. C'est des travaux de femmes ", me dit-il en rigolant. Bon, à l'école, il est dans le service de nettoyage de la classe avec les filles. " Là-bas, les garçons font tout ce que les filles font ", ajoute-t-il. Madame Soumah Aissatou Sy, enseignante en 5e année me confie justement d'une voix bien assurée qu'elle traite les élèves, filles et garçons, de la même manière : " Quand j'interroge une fille, j'interroge un garçon. Quand je confie une tâche à une fille, je confie la même tâche à un garçon. " C'est une chance que les enfants ont aujourd'hui. Quand j'étais à l'école primaire, dans les années 1990, il y avait moins de filles en classe. Aussi, on ne voyait pas les garçons dans les cuisines. Mais, aujourd'hui, les filles semblent être traitées sur le même pied d'égalité que les garçons, en famille et à l'école. Elles sont souvent entourées d'hommes et de femmes instruits. Madame Soumah Aissatou a éduqué sa fille et ses deux garçons de la meme manière. Elle leur a appris à travailler ensemble. Et elle repercute cette façon de faire en classe.

Pour moi, c’est la meilleure façon d'aider au développement d'une société. Nous avons tous à gagner dans l'épanouissement et l'accès à l'éducation de nos petites soeurs. Une fois au boulot, les filles sont parfois plus sérieuses que les garçons. Il n'y a pas de raison à ce qu'elles restent cantonnées aux tâches ménagères. On le voit dans le monde : il y a désormais des chefs d'entreprise qui sont des femmes et, même, des présidentes de la République. Mieux, on fait parfois plus confiance à une femme pour réconcilier un pays meurtri qu'à un homme. C'est notre intérêt. Il faut faire en sorte d'amener garçons et filles à apporter leur contribution à l'édification d'un monde nouveau. Et ce, pour le bien être de toutes et de... tous !

Comments

  1. Crysta

    13 octobre 2015

    de9c19 j aime ,j aime et j aime tant te lire e0 chaque fois tes arietlcs me sont une source intarissable qui m abreuvent et je de9guste chaque ligne avec de9lectation et une grande envie de tout remettre en cause .Tu as le Talent, tu as le coeur mais surtout,tu as du courage رانيا تبارك الله عليك

Commenter

A propos de Sunukaddu

Avec les formations « Sunukaddu* », les jeunes du Mali, du Sénégal et de Guinée apprennent à utiliser les médias traditionnels et numériques pour sensibiliser et mobiliser les citoyens et leurs élus sur les thématiques liées à la santé de la reproduction. La plateforme Web Sunukaddu vient compléter ces formations… En savoir plus… Conditions d’utilisation et protection des données

Le RAES

Nous utilisons les médias, le Web et la téléphonie mobile pour faciliter des échanges qui renforcent la santé, l’éducation et la citoyenneté en Afrique. En savoir plus…
Nous suivre: Twitter | Facebook
logo-fondation-orange_fr logo mairie de paris

logo raes
Copyright © 2005 – 2014 RAES FRANCE. Tous droits réservés.