La chanson de l’excision

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Sous un soleil ardent, je me pointe au bord de la route pour trouver un taxi. C’est la galère ! il faut savoir courir pour avoir de la place. Je suis bien obligée de faire comme les autres. Enfin, après tant de souffrance, je suis dans un taxi et, même si je ne suis pas confortablement installée, j’ai de la place quand même. Une heure après, ça y est je suis au carrefour Cosa. Nouvelle galère, la bonne dame que je dois rencontrer est loin. Il me faut attendre. Dix minutes plus tard, elle arrive et me fais signe de la rejoindre. Une nouvelle randonnée et nous sommes sur les lieux du rendez vous. Là, nous attendaient un groupe de femme venues assister à la séance de sensibilisation.

Au milieu de la foule, la grand-mère Djénaba Camara, l’exciseuse du quartier, armée de ces couteaux, entonne la chanson populaire dédiée à l’excision, en langue sussu. Je vous la traduis en français.

« De toutes mes forces je te coince, avec mon couteau, je coupe et je ne laisse rien. »

La chanson est bien agréable, mais les mots qui la composent font couler la chaleur au dos. J’en avais la chaire de poule.  Aller savoir pourquoi…

Je n’ai pas tout dit. Mamie Djénaba Camara a exercé ce métier d’exciseuse pendant 30 ans. Drôle de métier, hein !

Après cet intermède, Pépé Monémou peut commencer à sensibiliser.

Il commence par énumérer les conséquences néfastes de l’excision.

« Il y a les infections sexuellement transmissibles, la stérilité, les complications lors de l’accouchement. »

Des murmures se font entendre dans le groupe de femmes. C’est ainsi que grand-mère Djénaba se lève et dit au milieu de cette auguste assemblée de femme : « Je dépose les couteaux. Si la pratique ne sème que douleur et peine alors mieux vaut abandonner. Ce soir, je mets fin à mon métier d’exciseuse. »

Sacrée femme celle là ! Blesser des êtres humains et voir ce sang couler, n’est pas donné à n’importe qui.  Personnellement, je n’aurais pas ce cran. Je suis peut être faible, diraient certains, mais j’assume. Dans ma tête, une question me revenait sans cesse. Que sont devenues ces filles qu’elle a excisées depuis le début de sa carrière ? Elles ont certainement payé un lourd tribu et continuent de subir les conséquences de cette pratique. Mais grand-mère Djénaba ne semble pas se soucier de ces victimes. Inconsciente du mal qu’elle a du faire à ces pauvres innocentes.

Une autre femme, parée dans sa plus belle tenue, brodée jusqu’au bout, prend la parole.

Elle aussi  demande aux femmes  de protéger leur progéniture.

« De nos jours, des hommes vont jusqu'à épouser 5 femmes. Si aucune d’elles ne parvient à le satisfaire, il est bien obligé d’aller voir ailleurs. Si vous voulez garder vos maris pour vous seules, dites non à l’excision. Elle est la première cause de divorces et de mortalité maternelle chez nous ».

Conseil de femme à prendre avec sérieux. En tout cas, c’est bien dit de sa part.

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